Résilience

Affublé d’une charlotte bleue et la bouche protégée par un masque sanitaire, Carlos Ghosn a quitté la prison de Kosuge, à Tokyo, après avoir payé une caution de 8 millions d’euros.

Sensation étrange à la vue de cet homme amaigri mais digne, manifestement sidéré par les évènements. Impression de déjà-vu… l’on repense à Dominique Strauss-Kahn, déféré devant la justice américaine pour avoir violé une femme de ménage.

Tokyo, le 06 mars 2019. Carlos Ghosn, l'ancien patron de Renault, sort de prison après 108 jours de détention.

Et maintenant ?

L’ancien patron de Nissan reste sous liberté surveillée. Des caméras filment l’intérieur de l’appartement qu’il occupe avec sa famille. Placé sous contrôle judiciaire, Carlos Ghosn a notamment l’interdiction de fréquenter les cadres de Nissan. Il ne peut se servir d’internet, y compris à l’aide de son téléphone qui ne doit lui servir qu’à… téléphoner.

Bien sûr, Carlos Ghosn ne peut quitter le Japon. D’ailleurs, ses passeports lui ont été confisqués.

Tout manquement à l’une de ces obligations entraînera la révocation de son contrôle judiciaire et, par voie de conséquence, son incarcération. En attendant son procès, Carlos Ghosn s’est dit « combattif » et déterminé à préparer sa défense.

Dans l’affaire DSK, qui niait les faits, les preuves scientifiques (notamment l’ADN du sperme) ont permis de conclure à sa culpabilité. En matière financière, il sera beaucoup plus ardu d’établir les faits. Si Carlos Ghosn est innocent, son bourreau l’a humilié. L’antipathie que suscite le patron de Nissan l’a probablement aidé. Croyez-vous que cela puisse s’oublier ? Se pardonner ?

Pour s’excuser au Pays du Soleil Levant, les Japonais s’inclinent en prononçant  « sumimasen« , qui provient du verbe « Sumu » (済む) signifiant « être accompli, finir, … » , la forme « masen » montrant la négativité en japonais.

Ainsi donc, « Sumimasen » littéralement signifie « ce n’est pas terminé ».