Notre Dame : vite (fait), bien (fait)?

Dans la soirée du 15 Avril, la cathédrale Notre Dame de Paris s’est embrasée. L’incendie a détruit la totalité de la toiture et de sa charpente, et endommagé une grande partie de l’édifice. Le 16 Avril, le Président de la République a promis sa reconstruction avant 2024. Les dons affluant et surtout, le temps pressant, un projet de loi a été soumis au Parlement.


Qualifié de « loi d’exception », le texte fut adopté dans la nuit du 11 Mai, au terme de treize heures de débats, par 32 voix pour, 5 contre et 10 abstentions.

In limine litis, soulevons l’incongruité de la procédure. Il est manifeste que cette loi, loin d’être votée dans l’intérêt de la cathédrale, est un outil politique . Pour que la cathédrale soit reconstruite comme promis, le pouvoir se dote de super pouvoirs qui bien entendu, s’avèreront inutiles. Car l’on ne rebâtit pas un tel monument en soixante-dix mois. Affirmer le contraire, c’est se mentir et mentir aux Français. Et, si on le fait, c’est au risque de faire n’importe quoi, n’importe comment. Les experts sont unanimes.

Mais le gouvernement a choisi de les ignorer. Ainsi, le projet de loi l’autorise, si nécessaire, à déroger à certaines règles d’urbanisme, de protection de l’environnement, de commande publique ou de préservation du patrimoine. Ce qui est interdit aux particuliers et personnes morales en France, sera autorisé à l’Etat.

« L’article 9 habilite le Gouvernement à prendre par ordonnance, dans un délai de deux ans à compter de la publication de la présente loi, toutes dispositions relevant du domaine de la loi, afin de faciliter la réalisation des travaux de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. En tant que de besoin, il pourra être procédé à des dérogations ou des adaptations s’appliquant aux règles d’urbanisme, de protection de l’environnement, de voirie et de transports, ainsi qu’aux règles de commande publique et de domanialité publique. Cette dérogation ou adaptation pourra également porter sur l’archéologie préventive concernant par exemple la procédure de choix de l’opérateur (…) »

Quant aux dons, l’article 3 du texte impose aux associations de les reverser « à l’État ou à l’établissement public chargé de la restauration et de la conservation de la cathédrale Notre-Dame de Paris », l’article 7 précisant que « l’État ou l’établissement public désigné à cet effet gère(ra) les fonds recueillis et en rend(ra) compte à un comité réunissant le Premier président de la Cour des comptes et les présidents des commissions chargées des finances et de la culture de l’Assemblée nationale et du Sénat. »  La Cour des comptes contrôlera l’usage des dons mais aussi l’établissement public créé, le Centre des monuments nationaux et les trois fondations d’utilité publique chargées de recueillir les dons.

Donner, certes, mais pour quelle rénovation ? L’amendement Kuster qui exigeait qu’elle se fasse à l’identique fut rejeté par la majorité. L’on peut donc en déduire que les donateurs verseront à l’aveugle… au risque d’être surpris dans cinq ans. Là encore, l’Etat s’arroge tous les droits.

Trois cents ans furent nécessaires pour construire cet édifice exceptionnel qu’au XXIème siècle, des vaniteux proposent de rebâtir en cinq ans. Mais vitesse et précipitation n’ont jamais fait bon ménage. Qu’on se le dise !